Tome VII des Œuvres Complètes de Freud : Le trait d’esprit et sa relation à l’inconscient (1905)

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Dans ce septième tome des Œuvres Complètes de Freud (OCF), S. Freud étudie le trait d’esprit et ses liens avec l’inconscient et l’infantile. À partir de nombreux exemples, il déduit les mécanismes sous-jacents dans le travail du trait d’esprit. Il les met ensuite en rapport avec le travail de rêve et les psychonévroses. Il parvient de nouveau, avec cette étude sur le trait d’esprit, a prouvé l’existence de processus psychiques inconscients et d’un rattachement de l’adulte à sa vie infantile.

 

La technique du mot d’esprit

Le trait d’esprit prend notamment appui sur des mécanismes de condensation et de déplacement pour parvenir à son effet-rire.

La condensation se retrouve dans des formations composites constituées à partir de syllabes communes entre deux mots (« famillionnairement » pour dire « Rothschild m’a traité tout à fait comme son égal, tout à fait familièrement, c’est-à-dire autant qu’il est possible à un millionnaire », p. 25-26) ou en modifiant légèrement un mot (« tête-à-bête » pour dire « J’ai voyagé en tête-à-tête avec ce sot animal de M. X. », p. 34).

Le déplacement se réalise dans un déplacement de l’accent psychique (« As-tu pris un bain ? » demande l’un. « Quoi ?», demande l’autre à son tour, « il en manque un ? », déplacement de l’accent de « se baigner » à « prendre », p. 61), dans une présentation par le contraire (« il avait un grand avenir derrière lui » pour dire « l’homme a eu un grand avenir devant lui, mais maintenant c’en est fini de celui-ci », p. 36) ou encore dans un non-sens (« c’est curieux ce que des mains d’homme sont capables de faire » en réponse aux félicitations pour la naissance d’un enfant, p. 72).

S. Freud comprend que l’utilisation de ces mécanismes dans le travail du trait d’esprit permettent de s’épargner d’exprimer de façon directe une critique ou un jugement. À ce stade de l’étude, il comprend que c’est l’association de la technique et de cette tendance à l’épargne qui produit du plaisir dans le trait d’esprit.

 

Les tendances du trait d’esprit

S. Freud identifie le trait d’esprit abstrait et le trait d’esprit tendancieux. Il s’attarde plus particulièrement sur cette dernière catégorie. Le trait d’esprit tendancieux est de nature hostile, c’est-à-dire qui sert à l’agression, la satire ou la défense, ou de nature obscène, c’est-à-dire qui sert à la dénudation.

Le trait d’esprit tendancieux permet de satisfaire des pulsions agressives ou sexuelles malgré le refoulement qui s’oppose à leur satisfaction. En effet, la culture et l’éducation repousse, au fur et à mesure du développement de l’être, ces pulsions prohibées par la société. Ainsi, S. Freud comprend que le plaisir dans le trait d’esprit est plutôt lié au fait qu’il permet de retrouver des sources de plaisir, de jouissance primaire, qui étaient devenues inaccessibles et épargne ainsi d’une dépense psychique (suppression de l’investissement d’une inhibition).

 

La relation du trait d’esprit au rêve et à l’inconscient

S. Freud met en relation le travail du trait d’esprit avec celui du rêve (condensation, déplacement, présentation par le contraire).

Il comprend que le trait d’esprit est, comme le rêve, le produit d’une élaboration inconsciente dans laquelle l’infantile est en jeu : « La pensée qui, aux fins de la formation du trait d’esprit, plonge dans l’inconscient, n’y recherche que l’ancien séjour familier de son jeu d’autrefois avec les mots. Le penser est pour un moment ramené en arrière au stade enfantin, pour reprendre ainsi possession de la source de plaisir enfantine » (p. 196-197).

Par contre, « le trait d’esprit ne crée pas de compromis comme le rêve » (p. 199), c’est-à-dire qu’il lève l’inhibition en utilisant et en s’amusant avec les mots, là où le rêve la maintient en déformant le désir. Une autre différence entre le trait d’esprit et le rêve réside dans le comportement social : « Le rêve est le produit animique parfaitement asocial ; il n’a rien à communiquer à autrui ; ayant pris naissance à l’intérieur d’une personne comme compromis des forces animiques en lutte en elle, il reste incompréhensible à cette personne elle-même et c’est pourquoi il est complètement inintéressant pour une autre. […] Le trait d’esprit, par contre, est la plus sociale de toutes les opérations animiques visant le gain de plaisir. Il nécessite souvent trois personnes et réclame d’être achevé grâce à la participation d’un autre au processus animique suscité par lui. […] Le rêve est encore et toujours un souhait, quand bien même rendu inconnaissable ; le trait d’esprit est un jeu développé » (p. 206-207).

 

Le trait d’esprit et les espaces du comique

S. Freud finit son étude en identifiant les espaces du comique, entre autre le comique naïf, le comique de mouvement, le comique de situation, l’imitation/la caricature et la parodie/le travestissement.

Le comique est issu d’un « rattachement préconscient à l’infantile » (p. 257), dans le sens où le rire est provoqué dans le comique par l’enfant que nous retrouvons en l’autre.

S. Freud identifie enfin que l’humour est utilisé comme un mécanisme de défense pour éviter une déliaison d’affects pénibles (pitié, irritation, douleur) : « J’ai mis en évidence une espèce déterminée de cette défense, le refoulement raté, comme étant le mécanisme agissant de la naissance des psychonévroses. Or l’humour peut être conçu comme étant la plus élevée de ces opérations de défense » (p. 266).

Pour conclure, S. Freud rattache le plaisir issu du trait d’esprit à une dépense d’inhibition épargné, celui du comique à une dépense de représentation épargnée et celui de l’humour à une dépense de sentiment épargnée. Nous retenons aussi qu’il s’agit toujours pour l’homme de trouver du plaisir et d’éviter le déplaisir : « Le rêve sert principalement à épargner du déplaisir, le trait d’esprit à acquérir du plaisir, mais en ces deux buts se conjoignent toutes nos activités animiques » (p. 207).

Dr L. Mendes