L’acte suicidaire impulsif, un « appel à n’importe qui »

acte suicidaire impulsifEn psychanalyse, l’acte suicidaire suppose le retournement sur soi-même d’une impulsion meurtrière dirigée contre autrui. L’amour de soi et la libido narcissique sont écrasés par l’objet haï et introjecté dans le moi qui consent alors à son autodestruction (Freud, 1917). La tendance au suicide est également liée à une désintrication des pulsions de vie et des pulsions de mort (Freud, 1923). Le Surmoi, héritier du complexe d’Œdipe, laisse la place à la résistance du Surmoi ; cette dernière devient féroce et obscène déchaînant ainsi sur le moi des sentiments de culpabilité et des besoins de punition.

L’impulsivité renvoie au « caractère impulsif d’une conduite ou de quelqu’un », c’est-à-dire à « une force irrésistible » qui pousse l’être à agir « en l’absence de toute volonté réfléchie » (définitions « impulsivité » et « impulsif » du Larousse). L’acte suicidaire est considéré comme impulsif quand il n’a pas été élaboré, planifié, préparé.

Dans une brève du 10 octobre 2016, Amorim distingue deux formes d’autodestruction, l’une considérée comme un appel à l’aide et l’autre comme une tentative de suicide. La tentative de suicide peut prendre la forme d’un accident dissimulant en fait une intention inconsciente de se faire du mal voire de mourir (Freud, 1901).

Ainsi, nous pensons que l’acte suicidaire impulsif pourrait avoir ce statut clinique d’« appel adressé à n’importe qui » (Amorim, 2008, p. 138). Autrement dit, l’être en souffrance n’aurait pas un désir et une détermination à mourir, comme dans le cas de la tentative de suicide et du suicide, mais exprimerait bien plutôt un appel à l’aide porté par un désir de guérison.

Le statut clinique de l’acte suicidaire pourrait ainsi expliquer la gravité des conséquences dues à cet acte. Intuitivement, nous pouvons penser qu’un acte suicidaire impulsif (appel) entraînerait des conséquences moins graves sur l’organisme qu’un acte suicidaire élaboré (tentative de suicide ou suicide). Cette hypothèse reste à explorer à partir d’une approche clinique, c’est-à-dire guidé par le discours de la personne sur son acte et la signification qu’elle lui donnera elle-même dans l’après-coup.

Si cette hypothèse se confirme et à partir de la cartographie élaborée par Amorim (2008), la stratégie clinique sera de faire évoluer cet appel, que semble représenter l’acte suicidaire impulsif, vers une plainte, c’est-à-dire une souffrance exprimée par la parole et plus seulement par le corps. Le malade prendra alors la position de patient qui entre en psychothérapie. Puis, cette plainte pourra évoluer vers une demande adressée à quelqu’un dans la position transférentielle de psychothérapeute ou de psychanalyste. Le patient en psychothérapie deviendra alors psychanalysant pour apprendre sur son désir inconscient et s’inscrire autrement dans sa vie, dans son rapport au monde et aux autres.

Dr L. Mendes

Amorim, F. de. (2008). Tentative d’une clinique psychanalytique avec les malades et les patients de médecine. Paris : RPH.

Freud, S. (1901). La méprise du geste. Dans S. Freud, Œuvres Complètes de Freud. Psychopathologie de la vie quotidienne [2004] (vol. V, p. 251-281). Paris, France : Presses Universitaires de France.

Freud, S. (1917). Deuil et mélancolie. Dans S. Freud, Métapsychologie [2008] (p. 145-171). La Flèche, France : Gallimard.

Freud, S. (1923). Le Moi et le Ça [2010]. Paris, France : Petite Bibliothèque Payot.